Comptes rendus 3ème trimestre 2017/2018

 

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Vendredi 27 avril 2018

 

L’ART PARIETAL DES ENVIRONS DE BRIVE

par Monsieur Michel LORBLANCHET, Docteur en Préhistoire, Directeur de recherche au CNRS retraité

et   Monsieur Pierre-Yves DEMARS , préhistorien, Docteur ès Sciences

 

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                                        Vendredi 27 avril, beaucoup d’adhérents et de non-adhérents s’étaient déplacés pour découvrir l’art pariétal du bassin de Brive. Les falaises des vallées de la Planchetorte et du ruisseau d’Enval abritent la 2e concentration mondiale de sites du Paléolithique supérieur, nous explique Pierre-Yves Demars, Docteur ès Sciences.  Il y a 30 000 ans, attirés par les migrations des rennes entre Périgord et plateaux limousins, les chasseurs-cueilleurs de la dernière glaciation, ont laissé une abondante industrie lithique mais aussi un art pariétal que des découvertes récentes ont mis en lumière.
                                        Michel Lorblanchet, Docteur en Préhistoire, prend alors le relais pour décrypter les anomalies des mains négatives de la petite grotte calcaire du Moulin de Laguenay à Lissac sur Couze: la superposition des relevés à l’échelle et l’expérimentation lui ont permis de formuler l’hypothèse que  ces représentations fréquentes à Pech Merle, aux Trois Frères en Ariège, en Australie, ne sont pas le fruit de la maladie, d’un traumatisme mais peut-être d’une ligature ou plus sûrement d’une superposition de deux doigts et d'une peinture exécutée en plusieurs étapes. Des mains identiques trouvées ailleurs prouvent qu’hommes et idées voyagent, que ce monde est ouvert. Ce dont témoigne sa  passionnante analyse des  gravures de l’abri sous roche de Puy-Jarrige II. Le diverticule de cette grotte fouillée dès le XIXe s  et réutilisée au Moyen-Age, n’a  que récemment  été étudié, à la demande de la municipalité devenue propriétaire du site,  par le préhistorien.

                                       Malgré la mauvaise conservation des gravures souvent à peine piquetées dans les grès et les difficultés d’éclairage,  Michel Lorblanchet a relevé, associée à deux chevaux et un bison, une figure mi - humaine  mi - animale et mis en valeur un cercle échancré, symbole féminin intemporel (Picasso l’a réutilisé) qui attestent que l’art pariétal du bassin de Brive appartient bien à l’art archaïque du Quercy.


                                         A l’issue de la conférence, les deux préhistoriens ont répondu aux nombreuses questions du public.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 4 mai 2018

 

UNE PROMENADE AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS : QUATRE SIECLES DE PASSIONS ET D’AVENTURES NATURALISTES

par Madame Anne REYSS Ancien professeur de biologie en Classes Préparatoires (Agro-Véto) à Paris

 

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                                          Anne Reyss  aurait voulu rebaptiser sa conférence « l’Heure des Souvenirs ». C’est donc  avec une émotion palpable qu’elle nous a promenés au Jardin des Plantes, fruit de 4 siècles d’aventures naturalistes.
                                         1634 : voulant affranchir la médecine de la tutelle d’une Sorbonne à l’enseignement  médiéval, Louis XIII crée entre Seine et Bièvre, hors enceinte, un jardin médicinal riche de 1800 espèces classifiées, disséquées, observées au microscope, objets de cours en français. La médecine chimique est née mais le Jardin du Roi se libère de la médecine.  Pitton de Tournefort  donne ses lettres de noblesse à la botanique en herborisant jusqu’en Asie Mineure mais c’est Buffon qui, en 50 ans, enrichit et diversifie ses collections. Le Jardin des Plantes devient le lieu le plus prestigieux de l’Histoire Naturelle, un résumé du monde propre à satisfaire la curiosité encyclopédique des Lumières.
                                         1793 : la Convention  le décrète Muséum National d’Histoire Naturelle. Son patrimoine fabuleux est accumulé par d’étonnants voyageurs, de La Condamine à La Pérouse, de Jussieu à Bougainville et Commerson,  de Geoffroy Saint Hilaire à Bonpland,  Dumont d’Urville ou Théodore Monod.
C’est le 1e musée mondial du vivant: « Herbier national » aux 8 millions d’espèces, dessins sur parchemin des peintres naturalistes, ménagerie,  espèces menacées ou disparues qui semblent s’animer le soir venu grâce aux talents des taxidermistes, chevauchée fantastique des squelettes fossiles de la Galerie de Paléontologie, impressionnante marche de la faune africaine de la Galerie de l’Evolution.
                                          C’est surtout un irremplaçable lieu de recherches : déjà au XVIIIe siècle, contre Cuvier et sa théorie fixiste des espèces décimées par des cataclysmes, Lamarck puis Geoffroy Saint Hilaire montrent, étude de fossiles de mollusques à l’appui, la parenté entre les espèces, leur continuité  et leur lente évolution.  Aujourd’hui, toujours plus riches, les collections sont exposées, scannées, diffusées pour  nous sensibiliser à l’érosion de la biodiversité. Une biodiversité dont nous sommes tous responsables, conclut Anne Reyss.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 18 mai 2018

 

LA HAUTE COUTURE FRANCAISE DU XVIIIème SIECLE A NOS JOURS

par Madame Micheline MARCHADIER Professeur agrégée d’Histoire en retraite

 

 

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                                        Beaucoup d’adhérents  (tes !) au Rex  pour découvrir avec  Micheline Marchadier, l’histoire de la Haute Couture.
                                        Au  XVème siècle, la mode est signe de richesse et de puissance mais c’est Louis XIV qui en fait une arme diplomatique et économique. Pour Colbert, « la mode est à la France ce que les mines d’or sont  au Pérou ».La mode de cour fait vivre de nombreuses corporations et se diffuse, par poupées interposées, dans les cours européennes. Le Mercure Galant  lance les nouvelles tendances. Rose Bertin modiste de Marie-Antoinette, Hippolyte Leroy  tailleur de Joséphine, sont célèbres.
                                       Au XIXème siècle, la mode  investit le centre de Paris. Rue de la Paix, Worth est le 1er à signer ses œuvres : la griffe est née.   Ses créations  aux coupes innovantes présentées sur des jeunes filles attirent têtes couronnées,  haute aristocratie, grande bourgeoisie prêtes à débourser un an de salaire de  maçon pour un modèle exclusif.
Les maisons de couture  se multiplient, les créateurs deviennent des artistes  qui tissent des liens étroits avec la presse, le théâtre, la littérature: à la veille de 1914, la Haute Couture, bien réglementée, pèse 15% des exportations. Madeleine Vionnet, Gabrielle Chanel  libèrent  la femme.
                                       Crise de 1929, 2nde Guerre Mondiale, développement du prêt-à-porter, concurrence internationale, ébranlent les maisons de couture qui passent  de 106 à moins de 10.La Haute Couture s’adapte, s’adosse à de grands groupes (LVMH, Kering), « devient  la partie supérieure du prêt-à-porter, un service pour les adeptes de la marque ». Parfums et autres accessoires griffés, rajeunissement d’une clientèle venue du Moyen-Orient, des USA mais aussi des pays émergents, osmose avec le monde du spectacle mais aussi compétences des travailleuses de la mode, défense des métiers d’art, ont sauvé ce patrimoine menacé.
                                  Toujours indissociable de Paris, la Haute Couture  incarne le rayonnement de la France et reste un des secteurs emblématiques de son économie, souligne Micheline Marchadier  qui avoue  son penchant pour Saint-Laurent, « un couturier respectueux  des femmes ».

 

Texte de Marie-Dominique COULON 

 

Vendredi 1er juin 2018

 

ARDINS CHINOIS, JARDINS JAPONAIS, microcosmes inspirés des sagesses tao, shinto et zen

par Monsieur Jean-Paul "Yann" LAMARQUE, directeur honoraire de l'Alliance Française de Santa Fe, accompagnateur de voyages culturels en de nombreux pays d'Asie.


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                                        Pour sa première venue à Brive, Jean-Paul Lamarque, fin connaisseur de l’Asie, nous a plongés au cœur des jardins chinois et japonais. Dès le 2e millénaire, dit-on,  la plaine du Fleuve Jaune , berceau de l’empire du Milieu, aurait vu se créer des jardins de vie éternelle mais c’est  au VIe siècle avant notre ère  que sont posées les règles intangibles du Feng Shui que doivent respecter ces coins de paradis : montagnes artificielles protectrices des vents (Feng)  du Nord, temple au Sud face à l’eau  (Shui) d’un étang parsemé d’îles reliées par des ponts symboles de longévité.

                                        Dans ces microcosmes où homme et nature sont en harmonie, un mur-écran isole du bruit et du chaos tandis que kiosques ou terrasses ménagent des vues partielles et inattendues sur le cours sinueux menant à la beauté sereine. Ces jardins où yin et yang s’équilibrent selon la voie de la sagesse ou tao, ne sont pas réservés aux empereurs. Dès le VIIe siècle, ce sont de véritables « salons » où se retrouvent lettrés, calligraphes, peintres, musiciens et poètes. La cérémonie du thé, la taille des  bonsaï y voient le jour … avant d’être adoptées par le Japon.

                                        Le conférencier nous emmène  alors, images superbes toujours à l’appui, au pays du shinto et des haikus.  Le Japon respecte les forces invisibles de la nature. Dans les jardins sanctuaires, les pins, bambous, pruniers symboles de longévité sont l’objet de toutes les attentions, les cerisiers d’un véritable culte. Le visiteur se purifie avant de franchir le torii, portail sacré, de méditer sur les dalles du pas japonais, de  suspendre ses offrandes de papier, de fouler les tatamis des temples.  Jean-Paul Lamarque conclut alors en opposant à la somptuosité du Pavillon d’Or de Kyoto,  le dépouillement du jardin zen, sec, aux graviers blancs ponctués de rochers-îles tortues ou grues, source de méditation.

                                        Belle fin de saison pour les adhérents  de l’UTATEL visiblement  séduits par la qualité de notre nouveau conférencier.

Texte de Marie-Dominique COULON