Comptes rendus 3ème trimestre 2018/2019

 

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Vendredi 12 avril 2019


HISTOIRE DES MONSTRES : DU FABULEUX À LA SCIENCE


par Monsieur Jean-Louis FISCHER Embryologiste, spécialiste de tératologie

 

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Vendredi 3 mai 2019


PETIT NOIR OU GRAND CRÈME, L’AVENTURE EXTRAORDINAIRE DU CAFÉ


par Madame Anne REYSS Ancien professeur de biologie en Classes Préparatoires (Agro-Véto) à Paris

 

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                              Vendredi 3 mai, Anne Reyss qui nous a entraînés sur les traces des épices, de la soie ou de la morue, célébrait l’aventure du café, incontournable compagnon des artistes, écrivains mais aussi de nous tous. Qui n’a jamais possédé une cafetière, une cuillère ou une tasse à café ?  Les bergers des hauteurs éthiopiennes ne pensaient pas que la petite cerise rouge dont ils prisaient les vertus stimulantes renfermaient des graines qui caramélisées, torréfiées, donneraient un breuvage apprécié dans le monde entier. En traversant la Mer Rouge, l’Elqawah   devient la spécialité de Moka, port du Yémen, bientôt plaque tournante des échanges du café. L’expansion de l’islam puis les conquêtes ottomanes le diffusent au Proche et Moyen Orient puis au Maghreb. Dès 1600, le « vin d’Arabie » se répand en Europe : les marchands hollandais qui n’hésitent pas à dérober au Yémen les précieux plants ou cerises en offriront  à Louis XIV. Un des plants survivra à la traversée de l’Atlantique et fera souche aux Antilles qui se couvrent de plantations. Les vols des marchands hollandais permettront aux arbustes aux fleurs de jasmin de peupler les pentes humides et ombragées favorables à l’arabica.

                              Plus tard, le robusta s’étendra dans les plaines humides de toute la zone tropicale humide. Des Caraïbes à l’Indonésie, de la Colombie et du Brésil à l’Afrique de l’Ouest, du Kenya  à Madagascar, de l’Inde au Viet Nam, le nectar est synonyme de richesse commerciale et de nouvelle sociabilité : dans les cafés, on se rencontre, on débat, on agite les idées révolutionnaires. Le café « fédère, réunit » souligne la conférencière. Florian, Greco, Procope deviennent des lieux où s’écrit l’Histoire. Une Histoire qui n’a pu s’écrire sans la souffrance de millions d’hommes, esclaves ou peuples dominés victimes de la traite négrière et de la colonisation.

                              Produit stratégique au cœur du commerce et de l’économie capitaliste mondialisés,  le café est au centre des nouveaux enjeux que sont le réchauffement climatique et la juste rémunération des milliers de petits producteurs dont quotidiennement nous goûtons le patient labeur, conclut  Anne Reyss avant de dialoguer avec un public très intéressé.


Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 10 mai 2019

 

LES CANAUX DE SUEZ : ENJEUX ET HISTOIRE

 

 

par Monsieur Marc BLANCHARD Agrégé de mathématiques, ancien inspecteur d’Académie, passionné d’Egypte

 

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                              Vendredi 10 mai, pour sa première venue au Rex, Marc Blanchard, agrégé de mathématiques, nous a fait partager sa passion pour l’Egypte et découvrir les enjeux et perspectives du canal de Suez.


                              Il y a 4000 ans, les pharaons étaient  conscients de l’enjeu économique d’une liaison Méditerranée-Mer Rouge reliant le golfe de Suez à la branche orientale  du delta, via les Lacs Amers. L’entretien du canal percé sous le Moyen-Empire, reflète les vicissitudes politiques : délaissé lors des  troubles ou invasions, objet d’aménagements par les pouvoirs forts, au prix de dizaines de milliers de morts victimes du climat extrême, du manque d’eau douce et des épidémies. L’occupation  du perse Darius, la conquête d’Alexandre, le règne des Lagides, la conquête romaine sont bénéfiques au canal retracé, recreusé, élargi pour permettre le croisement des trirèmes, flanqué d’entrepôts et d’ateliers : à la fin du IIe siècle, il ne faut plus que 5 jours au lieu de 15 pour le traverser.
                              La domination byzantine puis les califats arabes signent son abandon.


                              C’est de France que viendra son renouveau : le protestant Duplessis-Mornay  propose à Henri III de  percer l’isthme. Ses idées reprises par les Lumières trouveront un écho chez Bonaparte et son topographe Jacques Marie Le Père mais l’ambitieux général a mieux à faire.  C’est le francophile vice-roi Mohamed-Ali (1804-1848) conseillé par l’ingénieur Adolphe Livrant de Bellefonds et le topographe Bourdaloue, qui relance l’idée du canal.  Ferdinand de Lesseps convainc son ami  Saïd Pacha (1854-1863) de  son projet, trouve les financements (52%du capital apporté par les petits porteurs français, 44% par le pacha) : 25 avril 1859 1e coup de pioche. Chantier titanesque, meurtrier mais les ingénieurs français décident d’utiliser machines, voies ferrées et percent un canal d’eau douce. Fin des épidémies. Entre mars et août 1869, les eaux des deux mers se mêlent enfin. L’inauguration est grandiose en présence d’Eugénie, de François-Joseph et 8000 invités.


                              Les villes de Port-Saïd, Ismaïlia, Suez se développent et avec elles l’influence de la France, concessionnaire du canal jusqu’en 1968… C’était sans compter les difficultés du vice-roi qui vend ses actions à la couronne britannique, la 2e guerre mondiale, la guerre froide et la nationalisation en 1956 par Nasser.
Rendu impraticable par la guerre du Kippour (1973), il est rouvert et élargi en 1975. De récents travaux  de doublement ont réduit à 11h sa traversée par des paquebots ou porte-conteneurs. Le trafic multiplié par 2 a triplé ses revenus et représente 14% du commerce mondial.


                              Malgré les défis de la sécurité et de l’environnement, le canal, vitrine diplomatique et indispensable source de revenus pour l’Egypte, a de beaux jours devant lui, souligne le conférencier dont le riche exposé n’a pas suscité de questions…tout ayant été dit.

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

Vendredi 17 mai 2019

 

LES SALONS ET L’ART DE LA CONVERSATION: UNE SPECIFICITE FRANÇAISE ?

par Madame Micheline Marchadier Professeur agrégée d’Histoire en retraite

 

 

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                              Pour la dernière conférence de la saison, l’UTATEL avait invité  Micheline Marchadier agrégée d’Histoire, à nous replonger dans  l’art de la conversation.


                             A la Renaissance, les femmes de la haute aristocratie* réagissent contre la brutalité et la grossièreté nées de la guerre civile. Leurs ruelles sont   espaces de liberté et de pédagogie : les rares hommes  admis y cultivent  l’expression orale selon les règles de la bienséance, de l’ « honnêteté », de la culture.


                            Au XVIIe siècle, les salons aristocratiques se multiplient faubourg Saint Germain et dans le Marais. Cette société en représentation perpétuelle réunit hommes et femmes égaux par l’esprit, jeunes, friands de rire et de théâtre.


                            Dans ces « écoles supérieures de l’esprit français », Voiture, Guez de Balzac donnent à voir leurs travaux au public féminin  surpris par les aphorismes, amusé, touché par la délicatesse des romans, transporté par les utopies de l’Astrée ou les romans courtois.


                            Les salonnières*  ont dû souvent ruser pour s’instruire et s’émanciper mais elles affirment leur réflexion sur leur statut, le mariage, s’engagent dans la querelle des Anciens et Modernes, posent les règles de la pensée classique.


                            Malgré la vive réaction masculine, ces « Précieuses »*, ces « Femmes savantes » ont fait de l’art de converser «  un enseignement plus utile que la lecture ».


                            Au XVIIIe siècle, les salons s’ouvrent à la haute bourgeoisie, à la finance et … aux libres penseurs*. Les « sociétés » aristocratiques du Prince de Conti ou de la Cour de Sceaux fixent les règles de la morale, de la politesse, séduisent par leur liberté de parole les élites étrangères francophones attirés par l’ art spécifiquement français de converser. Le champagne et les esprits pétillent.


                            Les femmes* jouent toujours un rôle essentiel : sans elles, quelle audience auraient eu les Lumières ? Les idées nouvelles ? Dès 1783, le salon de Mme Necker se fait cercle politique. Finie la gaieté ! Place à la Révolution. Olympe de Gouges, Manon Roland  s’impliquent dans le débat républicain : l’histoire des salons n’était-elle  pas celle de l’égalité intellectuelle entre hommes et femmes ? Oui mais pas celle de l’égalité et de la liberté politiques.  A la guillotine les « intellectuelles » qui ont confondu salon et tribune ! (réflexion de l’auteur)


                             En effet, conclut la conférencière, les salons n’étaient que des espaces privés où se sont définies  les règles de civilité et de politesse, du goût,  avant de devenir les lieux de la conversation critique au XVIIIe, où se sont élaborés le français moderne et de nouvelles formes littéraires. Ils incarnaient la domination sociale et symbolique de l’aristocratie dans cette Europe d’Ancien Régime où la France régnait sur la vie culturelle.


*à lire : documents transmis par Micheline MARCHADIER sur les salonnières, leurs salons, leurs participants, leur spécificité. Possibilité de demander photocopies au local ou envoi en PJ par messagerie internet.

 

Texte de Marie-Dominique COULON