Comptes rendus 2ème trimestre 2018/2019

 

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Vendredi 11 janvier 2019

 

DÉBATS D’HOMMES, ENJEUX DE FEMMES

 

ALLONS- NOUS VERS LA FIN DU PATRIARCAT?

 

par Madame Danièle Carsenat, Agrégée d’Histoire et Géographie

 

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                     Pour sa 1e conférence de 2019, l’UTATEL avait invité Danièle Carsenat. L’agrégée d’histoire spécialiste des institutions a entraîné le très nombreux public dans une réflexion- parfois polémique- sur l’avenir du patriarcat.
                     Mais… au commencement était le matriarcat. Tant que leur fécondité demeure un mystère, les femmes sources de vie sont sacralisées, les Grandes Déesses surpuissantes objets d’un culte exclusif. La sédentarisation les fragilise, leur espérance de vie devient inférieure à celle des hommes qui commencent à affirmer leur domination ; des dieux masculins apparaissent  mais les  femmes sont leurs égales ou leur donnent vie : de Britomartis à Artemis, de la naissance de Bouddha à celle de Jésus, que de vierges fécondées dans des grottes ou des étables, mères des dieux. L’affirmation des monothéismes élimine progressivement  la femme. L’homme devient le maître du temps, de l’écrit, se veut le maître de la fécondité. Vierge ou épouse et mère, la femme est sous surveillance : lapidons les adultères, brûlons les « sorcières » qui se mêlent de théologie !
                     Il faut attendre la fin du XVIIe siècle et surtout le XVIIIe siècle pour dissocier amour et désir d’enfant, critiquer les mariages arrangés mais le patriarcat s’acharne de Révolution Française en Guerre de 14-18. Ce sont la recherche scientifique, la découverte des mécanismes de la fécondation, la génétique qui vont renverser la tendance. Avec la pilule, l’IVG mais aussi les mutations économiques, la femme peut maîtriser sa fécondité. Pour l’historienne, cela signe la fin du cycle patriarcal mais n’allons pas trop vite : déstabilisés, les hommes réagissent …en arborant leur pilosité ? , les femmes accèdent aux postes de responsabilité mais pour une Christine Lagarde à la tête du FMI, combien d’invisibles ?  la baisse des indices de fécondité témoigne  que « le futur a changé de direction » mais pas partout.
                     La richesse de l’information, le ton et l’iconographie mêlant souvent humour et provocation n’ont pas laissé indifférents les adhérents  qui, au terme de leurs nombreuses questions, ont pu poursuivre leurs discussions en dégustant la traditionnelle galette.

 

 Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 25 janvier 2019

 

L’HOMME FACE A L’UNIVERS

 

par Madame Sylvie Vauclair, Astrophysicienne

 

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                         Le public s’était déplacé en nombre pour écouter  l’astrophysicienne Sylvie Vauclair se questionner, nous questionner sur la découverte de l’Univers par l’Homme. Comment appréhender, se représenter l’immensité infinie du Temps et de l’Espace ? L’Homme n’est qu’ « une virgule dans l’espace-temps » mais  depuis le début du XXe siècle, d’extraordinaires découvertes scientifiques lui ont permis de mieux comprendre l’Univers et la place qu’il y occupe.

 


                       Les spectateurs fascinés des exploits d’Ader ou des frères Wright n’imaginaient pas que 70 ans plus tard, leurs descendants marcheraient sur la Lune, répareraient dans l’espace à 450km de la Terre, un télescope surpuissant. Ils ne concevaient pas que les sondes et les satellites, les télescopes géants du désert d’Atacama, la coopération internationale leur feraient contempler le sol de Mars,  voir depuis les anneaux de Saturne une minuscule planète bleue - leur Terre-, assister à la naissance d’une étoile. Ils ne supposaient pas que malgré leurs systèmes politiques différents, ils pourraient communiquer instantanément d’un point à l’autre de la Terre.

 


                      L’Homme a toujours été fait pour regarder le ciel mais aujourd’hui, il ne se contente pas de contempler les étoiles. Il sait qu’au-delà de l’atmosphère terrestre, existent d’innombrables systèmes planétaires, que l’Univers est en expansion, que des galaxies vont rentrer en collision mais plus la connaissance progresse, plus les questionnements se multiplient.

 


                      Au terme d’un riche dialogue, Sylvie Vauclair avoue la nécessité d’être humble car nous n’avons ni les mots ni les représentations pour dire ce qu’est le temps, le début ou la fin de l’Univers  et  95 % des composants de la matière nous sont inconnus.

 


                     Malgré les formidables progrès de la recherche,  oserai-je écrire que l’Homme peut encore faire siennes ces Pensées de Blaise Pascal :
                    « Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti ».1670

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 8 février 2019

 

LES MURS-FRONTIERES

 

 par Monsieur Laurent Hassid, Docteur en géographie, mention géopolitique Université Paris XIII

 

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                              Pour sa première venue à l’UTATEL, Laurent Hassid docteur en géographie mention géopolitique, spécialiste des frontières, a entraîné les adhérents de l’UTATEL à la découverte des murs-frontières. Un sujet d’actualité dans un monde où les migrations des pays pauvres à la démographie explosive vers les pays riches attisent les peurs et multiplient les barrières dissipant l’illusion d’un monde- village-global-, née de la chute du mur de Berlin et de la disparition des frontières au sein de l’espace Schengen. Il nous a immergés, photographies saisissantes à l’appui, dans cinq espaces frontaliers où les murs témoignent de conflits résolus ou non : Irlande du Nord/Irlande du Sud, ex RFA/RDA, Israël/ territoires palestiniens, Chypre, Corée du Nord/Corée du Sud.

 


                              Une frontière c’est souvent discret, simple borne voire ruisseau, un mur cela frappe l’esprit, matérialise la division, permet de tracer une frontière officieuse entre des territoires dont les limites ne sont pas reconnues : c’est le cas du mur voulu par Sharon en 2002 entre Israël et la Palestine.

 


                              Avec la fin des conflits, certaines zones de front à priori répulsives deviennent des zones de développement économique, se « dysneylandisent  » attirant des touristes toujours plus nombreux. Ainsi les « murals » de Belfast ou Check Point Charlie à Berlin. Dans un climat plus apaisé, la Corée du Nord devient objet de contemplation des touristes sud-coréens ou chinois, depuis Pan Mun Jom ou le fleuve Yalu.

 


                              Si les murs ne sont pas toujours infranchissables- les no man’s lands minés, soumis à surveillance électronique sont plus efficaces -, ils pèsent sur les paysages urbains : à Chypre, l’infrastructure du mur demeure à Nicosie, dernière capitale divisée tandis que la partition de l’île à l’origine de la séparation forcée des populations grecque et turque a fait de Famagouste, une ville-fantôme. Ils marquent l’opposition politique plus qu’ethnique : mur vertical de l’Apartheid entre Palestiniens et Israéliens, « mur » horizontal de grillage séparant du sol palestinien et de ses boutiques closes, les logements à l’étage des colons juifs d’Hebron ( 200 000 habitants, 5000 Juifs protégés par autant de soldats).

 


                              Un mur-frontière est un passage à géométrie variable, conclut Laurent Hassid qui nous a fait partager ses expériences et son regard de géographe. Un mur n’empêchera jamais les migrations ajoute-t-il mais faute de régler les problèmes de développement en amont, les pays persisteront à recourir à cet anachronisme dans un monde où dominent les circulations immatérielles (capitaux, informations).

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 Vendredi 15 mars 2019

 

 DES TROUBADOURS AU 21ème SIÈCLE :

 

 A propos du roman de Jean-Guy Soumy, Un baiser, rien de plus (Robert Laffont, 2018) par Gérard Gonfroy, Universitaire et Jean-Guy Soumy, Romancier 

 

                 

 

                          Séance inédite au Rex vendredi 15 mars : la traditionnelle conférence avait cédé la place à un dialogue entre l’universitaire Gérard Gonfroy, spécialiste des langues occitanes et le romancier Jean-Guy Soumy. Son dernier roman - Un baiser, rien de plus- cherche à transposer l’amour courtois au XXIe siècle, cet amour où désir vaut plus que possession. La DAME a ici les traits de Mathilde, 48 ans, ancienne universitaire spécialiste des troubadours. L’AMANT, ceux de Raphaël, 22 ans, étudiant en droit, obligé de jouer les extras à la COUR, pardon dans l’hôtel particulier , du GILOS(jaloux) … du mari de Mathilde, puissant avocat. Coup de foudre réciproque mais Mathilde est fidèle et impose à Raphaël les règles de l’amour courtois.

 


                          Gérard Gonfroy nous replonge dans la fin amor’s qui surgit au tout début du XIIe siècle à la cour de Guillaume de Poitiers et signe une véritable renaissance dans un Occident qui sort d’une hibernation de plusieurs siècles : l’heure est à l’expansion économique, la forêt recule au fur et à mesure des défrichements, les faubourgs se développent, la monnaie remplace le troc. Et les troubadours inventent textes et mélodies profanes, en langue vulgaire (du pays) exaltant l’amour épuré mais n’ignorant en rien les réalités du corps, pour la Dame suzeraine dont ils deviennent les vassaux. L’amour courtois n’est ni platonique, ni angélique : partager nus la même couche sans faire l’amour, voilà l’acmé du désir insiste l’universitaire. Mathilde et Raphaël, eux, échouent dans leur démarche, constate le romancier.

 


                          Les 2600 pièces lyriques de ces troubadours souvent limousins (Bernard de Ventadour, Gaulcem Faidit) sont des météores, souligne alors Gérard Gonfroy. Au XIIIe siècle, la fin amor’s se codifie tout en se diffusant jusqu’en Hongrie tandis que dans un Occident hanté par le salut de l’âme, l’Eglise en inventant le Purgatoire, fait de Marie la figure majeure de l’intercession : aux chants à la Dame se substituent les chants à la Vierge.

 


                          Avant de poursuivre les échanges avec un public attentif et concentré, les deux conférenciers s’accordent à reconnaître les difficultés de la transposition de la fin amor’s : pour Jean-Guy Soumy, la réalité courtoise est très complexe ; pour Gérard Gonfroy, la lyrique courtoise est un cri d’amour sans temporalité, sans logique narrative … délicat à mettre en roman.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 Vendredi 22 mars 2019

 

DISNEY … OU LA QUÊTE DE LA CITE IDEALE

 

 par Monsieur Claude Duval, Maître de Conférences honoraire Université du Maine

 

 

 

                               Pour sa 1ère venue à Brive, Claude Duval spécialiste de littérature et civilisation américaines mais aussi de commerce international à l’Université du Maine au Mans, avait choisi de nous présenter un Walt Disney en quête de la cité idéale. En 1955, déjà âgé de 54 ans, il constate l’échec du modèle urbain américain : trouver un contre –modèle à la prolifération de Los Angeles, de ses banlieues cauchemardesques en proie à la violence et aux émeutes, créer un autre monde, ex-nihilo, des îles protégées de l’extérieur où à la perfection de l’urbanisme répondront la perfection sociale et la perfection technologique, telle est l'ambition de Disneyland, d’Epcot, de Celebration ou de Val d’Europe.

 

                            Tous ses parcs, loin des Luna Parks sales et vulgaires, sont des modèles d’environnement contrôlé, des lieux de bonheur isolés de l’espace extérieur où l’on pénètre comme dans un sanctuaire. Circularité, exterritorialité, organisation radiale autour d’une place centrale dominée par un monument emblématique (château de Blanche-Neige, Cendrillon ou la Belle au Bois dormant) en font des hétérotopies, lieux physiques de l’utopie. Si certains ne sont qu’endroits magiques où séjourner quelques heures ou quelques jours, d’autres sont de véritables villes, souvenirs de la petite ville américaine idéale (Celebration) où l’on aurait voulu grandir ou incarnations d’architectures mythifiées, fragmentées, pastiches colonial, italien ou haussmannien (Val d’Europe). Leurs habitants doivent travailler, adhérer aux valeurs disneyennes, voire abdiquer leurs droits civiques ou de propriété, respecter de multiples règlements. Dans ces Etats dans l’Etat, sommes-nous dans Le Meilleur des Mondes ou dans 1984 ? dans l’utopie ou la dystopie? s’interroge le conférencier.

 


                            Alors Walt Disney, Big Brother « bienveillant » ou urbaniste attentif aux problèmes des transports - Epcot devait être pour lui « une maquette vivante de l’avenir » où la voiture ne serait plus privilégiée- ? Assurément l’héritier des utopistes qui de Platon à Thomas More ont voulu changer les paysages pour changer les hommes et créer un nouvel ordre social.
                            Au terme de son dense et passionnant exposé, Claude Duval constate, dans un contexte d’abdication des pouvoirs publics, la disneyfication de la société : Business Happiness à égalité…

 


Texte de Marie-Dominique COULON

 

 Vendredi 29 mars 2019

 

L’ENIGME DE L’EMPOISONNEMENT DE NAPOLEON PAR L’ARSENIC

 

par le professeur Ivan Ricordel, Directeur honoraire du laboratoire de toxicologie de l’Institut national de Police Scientifique de Paris

 

 

 

                               Napoléon fascine toujours autant, l’énigme de sa mort encore davantage. Aussi nombreux étaient les adhérents de l’UTATEL à délaisser le soleil printanier pour écouter le Professeur Ivan Ricordel, Directeur honoraire du laboratoire de toxicologie de l’institut national de la police scientifique de Paris, nous livrer les résultats des dernières analyses des cheveux du reclus de Longwood. Depuis longtemps, une abondante littérature s’est fait l’écho des « mystères » entourant la fin de l’empereur, au milieu de ses fidèles, sous la garde sévère de Hudson Lowe, à Sainte-Hélène. Empoisonnement par un Montholon jaloux, suicide, survie aux Amériques après substitution de cadavre… les rumeurs les plus folles deviennent plausibles avec un homme qui changeant de nom, change de visage, avec un cadavre extraordinairement conservé 19 ans plus tard grâce à l’arsenic bien sûr. En 1955, la parution des Mémoires de Marchand relance l’intérêt mais c’est un dentiste suédois qui envisage un empoisonnement à l’arsenic. Ben Weider, autodidacte richissime fondateur de la Société napoléonienne internationale, convaincu par cette thèse, contacte des chercheurs chargés de la confirmer. Plusieurs équipes dans différents pays, 4 laboratoires français (CEA, Orsay, génétique moléculaire, toxicologie) se mobilisent pour analyser des cheveux de l’empereur et mettre au point une technique qui respecte le cheveu et son ADN, permette son authentification. Une méthode crédible qui puisse être renouvelée pour étudier … l’abondante chevelure de l’empereur.

 

                               Avec humour, le conférencier souligne que les cheveux prélevés de son vivant et après sa mort suffiraient à tapisser Versailles …éternel problème de l’authenticité des reliques ! Le scientifique, graphiques à l’appui, décortique la technique du rayonnement synchrotron. Mais petits, grands, avec ou sans bulbe, tous bourrés d’arsenic, les cheveux de Napoléon et de ses sœurs livrent des résultats peu probants ! Il faut dire que la contamination externe est possible car l’arsenic est partout : dans les tapisseries de la chambre, dans les raticides peu efficaces contre des rongeurs qui ne respectent même pas LE bicorne…dans la pharmacopée. Le débat reste ouvert. Empoisonné Napoléon, sans doute pas, bien malade oui : le lobe du foie durci perforant un estomac ulcéré, le « calomel » remède pire que le mal, l’anémie, la mauvaise hygiène, l’alimentation déplorable … tout concourait à sa mort rapide. Le cheveu garde son mystère au terme d’une passionnante conférence qui n’était pas tirée par les cheveux.

 

Texte de Marie-Dominique COULON