Comptes rendus 1er trimestre 2019/2020

 

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Vendredi 4 octobre 2019


L’IMPASSE DU BREXIT

 
par Monsieur Jean Louis Clergerie Professeur titulaire de la chaire Jean Monnet, Université de Limoges


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                               Pour ouvrir la saison universitaire 2019/2020, l’UTATEL à la pointe de l’actualité avait convié le très nombreux public à écouter le professeur Jean-Louis Clergerie, un des meilleurs spécialistes du droit de l’Union européenne –ce qu’il a démontré brillamment ce 4 octobre au REX-, analyser l’Impasse du Brexit. Conférence à l’ancienne sans support multimedia où l’orateur a su rendre limpide l’incroyable imbroglio né du référendum lancé par David Cameron, le 23 juin 2016, captivant un auditoire attentif et plein d’interrogations.
                               Si la rupture avec l’Angleterre était inévitable au vu des relations entre le Royaume-Uni et l’Europe, depuis la fin des années 20, l’improbable résultat du vote tient plus à des raisons affectives, subjectives qu’objectives, souligne le conférencier. Avant de revenir sur les origines de l’impasse et d’en présenter les conséquences pour le Royaume-Uni et l’Europe, il insiste sur l’effet paradoxal et positif du Brexit : aujourd’hui, devant la situation inextricable du RU, aucun pays d’Europe, aucun parti populiste ne préconise la sortie de l’Union européenne voire de l’euro, même si beaucoup demandent de profondes réformes des institutions européennes.
                                Et comment en serait-il autrement lorsque Banque Centrale, City, entreprises mesurent l’ampleur de la catastrophe ? La Livre perdant le ¼ de sa valeur, un PIB chutant au mieux de 1,2% (avec deal) au pire de 10%(no deal), les prix de l’immobilier plongeant de 30%, l’inflation et le chômage flirtant avec plus de 6,5%. Une situation qui toucherait avant tout les « Brexiters », plus pauvres, moins cultivés, loin des « élites » et des centres de décision.
                      Les conséquences politiques … rien moins que la dislocation du Royaume-Uni : la sécession de l’Ecosse, la prise d’indépendance du Pays de Galles (pourtant pro-brexit) dont l’économie risque d’être ruinée, l’Irlande du Nord s’agrégeant à l’Eire. Pas étonnant que les Anglais stressés fréquentent les psychiatres.
                                Aujourd’hui, les rodomontades de Bojo ne sont que les soubresauts d’une politique anglaise marquée par l’insularité, le sentiment d’être toujours une grande puissance, le choix constant d’être « à la remorque » des Etats-Unis trop heureux de voir l’Europe,1e puissance commerciale, affaiblie. La politique anglaise « pour l’Europe mais jamais dans l’Europe » a changé en 1973 lorsqu’elle entre dans la Communauté –après les rejets essuyés, consécutifs à la défiance gaullienne- mais  «  il est clair que les Anglais n’ont jamais eu un réel sentiment d’appartenance à l’Europe »*.
                               Jean- Louis Clergerie reste persuadé que la rupture n’aura pas lieu, l’électorat ayant changé, la majorité des Anglais étant angoissée par cette perspective… mais le feuilleton continue. Quelles péripéties jusqu’au 31 octobre ? Nul, pas même notre passionnant spécialiste, ne peut répondre à la question.

*citation extraite de : L’Impasse du BREXIT de JL CLERGERIE parue le 4/10/2019 CHEZ Temps présent

Texte de Marie Dominique COULON

 

 

Vendredi 11 octobre 2019

 

LES FRANÇAIS ET LA NATURE : Pourquoi si peu d’amour ?

 par Madame Valérie Chansigaud, Historienne des sciences et de l’environnement

 

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                                Pour sa 1e venue au Rex, vendredi 11 octobre, Valérie Chansigaud , historienne des  sciences et de l’environnement, s’est demandé pourquoi les Français ont la réputation d’éprouver si peu d’amour pour la nature.

                                La comparaison avec les voisins germanophones et anglophones, les USA, est sans appel : ce n’est pas en France que sont nés les organismes de protection de la nature. Les concepts fondateurs de l’écologie sont définis par l’allemand Haeckel, la biodiversité, aux USA, dès la fin du XIXe siècle. Les revues spécialisées, les documentaires animaliers sont peu nombreux et leur lectorat limité. En Angleterre, l’Histoire naturelle de Selborne, œuvre de Gilbert White (1720-1793), constamment rééditée, est, après la Bible et Shakespeare, l’ouvrage le plus lu. L’auteur y observe la nature qui l’entoure dans un rayon de 30 km. Il ne bougera jamais de Selborne mais il y découvrira entre autres, le rôle essentiel du ver de terre, aujourd’hui mis à l’honneur par l’agriculture biologique. En France, seul  l’entomologiste Jacques-Henri Fabre livre dans ses remarquables Souvenirs entomologiques (1879-1907) une observation directe de la nature. « Vous scrutez la mort, je scrute la vie », écrit-il,  résumant son originalité face aux démarches des grands naturalistes : Buffon  compile connaissances, collections, cherche à séduire par l’image mais n’a jamais rien observé, souligne la conférencière.

                               L’état d’esprit diffère : pour les Anglo-américains, la protection de la nature va de pair avec la protection des animaux et des hommes. La maltraitance animale est l’antichambre du vice et du crime et menace l’ordre social. Des sociétés luttent en même temps contre la cruauté faite aux animaux et aux enfants, victimes de la tyrannie des adultes, et contre la souffrance animale et l’esclavage.

                               Protéger la nature devient consubstantielle  de la lutte pour la justice sociale mais la voix  d’ Elysée Reclus, géographe historien, citoyen du monde, anarchiste,  pour qui « l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même »   est bien isolée en France.

                               Paradoxalement, aujourd’hui, alors que la protection de la nature suscite intérêt et efforts internationaux, jamais la biodiversité n’est aussi menacée y compris dans les pays précurseurs de l’écologie. La démographie, la hausse de la consommation n’expliquent rien de l’échec des politiques de protection de la nature. En revanche, les inégalités sociales, les politiques capitalistes autoritaires si !

                              Les pays riches déplacent leur pollution dans les pays pauvres où l’écologie n’est pas une préoccupation ; les mobilisations massives concernent avant tout les élites et les jeunes urbains, instruits des pays riches. La France perd sa singularité même si elle a été à la traîne  par goût du césarisme,  pour avoir été une société longtemps rurale où les femmes sont demeurées  des mineures jusqu’à la moitié du XXe siècle. Les causes sont multiples.

                              Ce qui compte aujourd’hui, martèle la conférencière, c’est la protection de l’environnement et la justice sociale : freiner la catastrophe, oui, à condition que l’avenir soit désirable dans un monde où s’affirmeraient épanouissement personnel, dialogues et solidarités… démocratie.

                              Une vision  partagée  –des questions le prouveraient- par  le nombreux public de l’UTATEL?

 

Texte de Marie Dominique COULON

 

 Vendredi 29 novembre 2019

GENGIS KHAN

Par Monsieur Jean Paul Lamarque, Directeur honoraire de l’Alliance française de Santa Fe, accompagnateur de voyages culturels en de nombreux pays d’Asie

 

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                                Pour sa 2e venue au Rex, Jean-Paul Lamarque, grand spécialiste de l’Asie, a entraîné un très nombreux public, sur les traces de Gengis Khan, le conquérant d’un empire universel.

Immersion dans l’immensité des steppes et des déserts de Gobi et du Taklamakan, dominés par les hautes montagnes de l’Altaï, du Tien-Chan, des Kunlun, qui obligent les caravanes de la Route de la Soie à contourner ces espaces hostiles où printemps rime avec débâcle, étés et hivers avec températures extrêmes. Seul le nomadisme permet aux nombreuses tribus de survivre. L’oasis de Kashgar est un immense marché aux bestiaux fréquenté par les Bouriates, les Ouïgours, les Kazakhs et la vingtaine d’ethnies altaïques, aux dialectes divers mais unis par les mêmes règles de vie.

                               Etendre cette civilisation nomade sur plus de 30 millions de km2 (60 fois la France située à la même latitude), tel est le dessein de Temujin qui, après une enfance misérable, s’impose comme chef de clan, joue des rivalités entre tribus pour s’assurer le contrôle des pâturages des steppes, constitue une armée bien organisée. Il vassalise les Tatars enrôlés de force, empêche l’implantation de tout groupe sédentaire, envahit la Mandchourie et s’oppose à la Chine …

                             Devenu Gengis Khan, il se lance à la conquête de l’ouest avec 4 armées de 50 000 hommes. Nous progressons avec eux au gré des somptueuses images de notre conférencier : caravansérails, minarets, forteresse de Bam ici intacte comme les bouddhas de Bâmiyân. Il contrôle la Caspienne, la mer Noire, atteint l’Indus. A sa mort en 1227, c’est le plus vaste empire connu que ses fils pousseront jusqu’à Vienne tandis que son petit-fils Kubilaï fondera la dynastie des Yuan à Pékin.

                           Ces victoires exceptionnelles sont le fruit d’une organisation militaire mêlant méritocratie, soin et respect des consignes, bons services d’intendance et du génie*, tactiques élaborées ((retraite pivotante). Les armes sont pourtant traditionnelles (flèches scythes, catapultes, ponts de bateaux) mais les guerriers sont remarquables. Discipline, terreur des populations civiles (villes rasées, massacres de tous les habitants à 2 et 4 pattes) mais aussi respect de la parole donnée, artisans et religieux épargnés, tolérance religieuse, place de la femme importante : ces caractéristiques nous amènent à réfléchir sur la frontière entre civilisation et barbarie !

                           L’empire ne survivra pas. Ses populations trop disparates, les rivalités fratricides, auront raison de l’empire universel qui voulait contraindre à la soumission et au tribut, le Pape et Saint Louis.

                           Merci à Jean-Paul Lamarque de nous avoir plongés aussi dans la Mongolie d’aujourd’hui où Gengis Khan protégé de Tengri* est toujours présent.

*génie : ensemble des services de travaux de l’armée             Tengri :divinité du ciel bleu éternel

Pour aller plus loin : visite du musée Asiatica de Biarritz

 Texte de Marie Dominique COULON

 

 Vendredi 6 décembre 2019

 

LA REPRESENTATION DU HANDICAP AU CINEMA

par Monsieur Yves Pédrono, Docteur en Sciences de l’éducation, ancien professeur de philosophie

 

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                                Hasard de la programmation, la venue au Rex de Yves Pédrono, Docteur en Sciences de l’Education passionné de cinéma, a coïncidé avec la Semaine du Handicap.
                                Depuis les frères Lumière, souligne le conférencier qui étaye son propos par des extraits de 69 films, le handicap a été représenté au cinéma à des fins comiques ou tragiques voire par souci de réalisme. Le spectacle des retrouvailles entre le Vagabond et la jolie fleuriste à qui il a permis de recouvrer la vue, émeut encore aujourd’hui, à près de 90 ans de distance, le spectateur des Lumières de la Ville. La cécité puis la tétraplégie, la trisomie 21, la surdité, l’autisme, l’obésité trouvent place sur nos écrans au fur et à mesure des progrès médicaux et de la prise de conscience de la société… une société de pays riches, fondée sur les droits de l’homme. Pas de films sur le handicap dans les cultures non-occidentales.
                                Si, jusqu’à la fin de la 2nde Guerre mondiale, les films représentant le handicap sont rares, depuis ils ne font que croître- 18 entre 1985 et 2000, 28 entre 2000 et 2015- et raflent récompenses et jackpot au box-office…
                            La représentation du handicapé devient la représentation d’un homme qui s’affirme comme tel. «  Je suis un homme » crient Elephant Man et Forrest Gump… un homme, tel Vittorio Gassmann dans Parfum de Femme, qui refuse la commisération.
                              Certains réalisateurs dénoncent un monde sans pitié: Aaltra de Kenvern et Delépine victimes de camping-caristes hollandais ; L’Enfant-Cheval où l’Iranienne Samira Makhmalbaf redéfinit la dialectique maître /esclave entre deux enfants afghans handicapés ; Los Olvidados de Buñuel ; Les nains aussi ont commencé petits de Werner Herzog.
                                Cependant, dans la lignée de  Johnny got his gun  de Dalton Trumbo puis du 8e Jour de Jaco van Dormael, le cinéma insiste sur le besoin d’autonomie et la recherche de la normalité. Le droit à une vie sexuelle et les moyens d’y parvenir mais aussi le recours à l’euthanasie et les bouleversements de la vie de l’entourage deviennent les thèmes majeurs d’un cinéma qui, plus que jamais, est « le miroir dans lequel nous nous regardons ».
                                Le handicap est, aujourd’hui, de mieux en mieux évoqué, conclut Yves Pédrono avant de répondre aux nombreuses questions du public.

 

Texte de Marie Dominique COULON

 

 Vendredi 13 décembre 2019

 

CONCERT DE VIOLON ET PIANO

Par Jan PICARDA et Laurent BOURREAU professeurs au conservatoire de Brive

 

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                               Vendredi 13 décembre, les adhérents de l’UTATEL ont bravé les intempéries pour assister au concert de fin d’année, à l’auditorium Francis Poulenc. Le violoniste Jan Picarda et son complice, le pianiste Laurent Bourreau, tous deux professeurs au conservatoire, bien connus des Brivistes, nous ont fait revisiter l’histoire de l’Europe centrale et orient ale. De l’apogée de l’empire austro-hongrois avec Mozart, à l’exaltation du sentiment national tchèque avec Zdenek Fibich et Anton Dvorak dans la 2e moitié du XIXe siècle, avant la plongée en Pologne dans les heures les plus sombres du XXe siècle , avec les accents bouleversants de John Williams. Mais la générosité des deux artistes a permis de clore le concert sur une note festive : dans la grande tradition tzigane (même si Vittorio Monti était italien), Jan Picarda s’est mêlé au public qui a scandé le rythme endiablé de sa Czardas, avant de rejoindre sur scène Laurent Bourreau pour une œuvre tout en virtuosité de Fritz Kreisler.


                               Les applaudissements nourris d’une salle comble ont salué les deux artistes et montré combien les adhérents de l’UTATEL apprécient ce rendez-vous de décembre.

 Texte de Marie Dominique COULON