COMPTES RENDUS 2ème Trim. 2014/2015


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Vendredi 9 janvier 2015

La Renaissance à Brive et dans sa région (milieu XVe- début XVIIe)

Architecture et décor

par mademoiselle Mélanie Lebeaux, Docteur en Histoire de l'Art

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       Toujours salle comble au Rex pour la première conférence UTATEL de 2015, vendredi 9 janvier.


       Mélanie LEBEAUX, docteur en Histoire de l’Art, nous a entraînés sur les traces de la Renaissance à Brive et  dans sa région. Beaulieu, Collonges, Noailles, Lubersac ou Pompadour recèlent des édifices nettement influencés par la Renaissance à l’antique, originaire d’Italie ou du Val-de-Loire.


      A Brive, les urbanistes démolisseurs du XIXe siècle ont souvent détruit, au mieux dissimulé sous des façades frappées d’alignement, maisons de ville, hôtels particuliers des élites du XVIe siècle, pourtant friandes d’affirmer leur statut social dans leurs modernes demeures.L’hôtel Quinhart de Maillard est emblématique de cette première Renaissance où s’épanouit le gothique flamboyant : la tour au portail en accolade encadré de pinacles s’ouvre sur un escalier en vis qui libère  de l’espace et permet une meilleure distribution des pièces.


      Mais déjà, dans la tourelle des échevins, perce sous la flamboyance, la Renaissance italienne : colonnes « monstrueuses », candélabres imbriqués rappellent la Chartreuse de Pavie.Brive est donc bien au centre d’échanges culturels et artistiques même si trouver  les vestiges de la Renaissance s’apparente à un jeu de piste : rue Farro, rue de Corrèze, on tombe sur une tour, des croisées à meneaux, des façades en travées. Si on a la chance de pousser une porte au chambranle aplati, on découvre  ici une cheminée, là un escalier droit à l’italienne.


      Superbe exception à cette discrétion, le magnifique hôtel Labenche synthèse des idées nouvelles diffusées par les gravures de Sebastiano Serlio ou Androuet du Cerceau : utilisation des ordres antiques, bustes jaillissant de médaillons, bucranes…tout le vocabulaire décoratif de la Renaissance est  ici présent.
       Cette passionnante redécouverte  du patrimoine local s’est terminée dans la convivialité, par la dégustation de la traditionnelle galette.

 Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 23 janvier 2015

LE BRESIL 


Un film de Roger Séguy, Professeur retraité

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         C’est à un somptueux périple au Brésil que Roger Séguy a convié le public de l’UTATEL  venu toujours aussi nombreux au Rex.


         Cet Etat-continent grand comme 16 fois la France émerveille par sa diversité : la camera nous emporte au sein d’une nature spectaculaire, de la frontière argentine au Sud  aux rives de l’Amazone au Nord, des flots tumultueux des chutes d’Iguaçu où est préservée une faune surprenante (ibis rouges, flamants roses, toucans, coatis quémandeurs, papillons, perroquets multicolores)  aux eaux sombres du Rio Negro, de la végétation luxuriante du Minas Gerais à celle, inquiétante, de la forêt amazonienne (serpents, caïmans, fourmis démesurées).


         Les villes nous renvoient au passé colonial, aux richesses qui firent la fortune et la puissance portugaises : Ouro Preto, « l’Or noir », dont les églises baroques aux façades blanches soulignées de bandeaux de pierres colorées, aux intérieurs exubérants, dégoulinants d’or, peuplés d’anges des deux sexes, rappellent la prospérité minière (aujourd’hui encore, on continue d’y tailler les pierres précieuses). Salvador de Bahia, capitale du métissage, où religion catholique et divinités africaines se syncrétisent dans le candomblé cher à Jorge Amado.


         Les villes se font aussi manifestes d’un Etat indépendant: Manaus et son opéra, témoin de l’aventure du caoutchouc; Brasilia surgie du néant en 1960 par la volonté du président francophile Kubitschek et le talent des architectes Oscar Niemeyer et Lucio Costa.


         Après le survol de la baie de Rio, le voyage s’achève au cœur du carnaval par le défilé des écoles de samba. La beauté des images, la musique, la qualité du commentaire nous ont fait partager les émotions de notre voyageur toujours sensible à la beauté des paysages et des corps mais aussi au regard si triste des enfants d’Amazonie devenus curiosités touristiques.
                          

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

 

Vendredi 30 janvier 2015

Derniers résultats de la fouille archéologique
des abords de la collégiale Saint Martin de Brive


par monsieur Emmanuel Barbier,
Assistant d'étude et d'opération INRAP Grand Sud-Ouest

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         Des sarcophages du VII e siècle, un silo servant de poubelle, un cloître du XII e siècle… Les fouilles de la collégiale ont livré de nombreux secrets sur l’histoire de Brive. Un potentiel énorme révélé
        On se souvient des fouilles archéologiques qui, pendant des mois, ont créé l'animation autour de la collégiale et place Latreille. C'était en 2012. On découvre aujourd'hui tout l'intérêt historique, tant au plus local que national, des découvertes et prélèvements opérés par l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Et encore n'a-t-on qu'un aperçu très partiel de la richesse du site, vu qu'il n'a été fouillé qu'en partie et à une profondeur moyenne de 80 cm ; ponctuellement, 2 m. Bonne conservation.


        Dans ces couches archéologiques néanmoins, les chercheurs ont découvert nombre de constructions, vestiges architecturaux et restes humains remarquablement conservés, qui ont permis de préciser l'occupation funéraire des lieux de la fin du V e siècle jusqu'au XVIII e siècle. Notamment quelque 120 sarcophages en grès local, remontant au VII e siècle, précédemment au développement de la collégiale. « Des pièces uniques, témoigne Emmanuel Barbier, responsable de l'opération de fouilles (*). Nous avions, à ce jour, peu d'éléments de comparaison pour ce type de cercueils. Cela pose des jalons dans la compréhension de l'architecture funéraire à Brive et en Corrèze ». À partir du VII e siècle, le site ne sert plus aux inhumations. Les archéologues ont, à la place, mis au jour un silo utilisé comme poubelle. « Il révèle des éléments sur l'alimentation des occupants de l'époque », raconte Emmanuel Barbier. Des animaux sélectionnés, pas mal de poissons, beaucoup de mobiliers en céramique. « Cela dénote toujours une occupation du site, peut-être par des clercs qui l'entretenaient pour le recueillement de la population ».
 
        Les fouilles ont ensuite confirmé l'occupation de la collégiale à partir de la fin du XI e siècle-début du XII e siècle. La présence de chanoines autour du culte de saint Martin, à partir de la redécouverte du cloître, et notamment de la salle du chapitre.


       « Les inhumations reprennent autour de la collégiale, notamment au niveau du chevet, jusqu'au XVII e siècle, résume Emmanuel Barbier. Après cela, tout le quartier sera repris, les maisons ventouses édifiées au détriment de la collégiale d'avant. Le cloître sera détruit, les chanoines quitteront les lieux et la ville en prendra possession ».


       Les vestiges remis à la Ville au printemps actuellement conservés au Centre archéologique à Limoges, les vestiges prélevés sur place (les sarcophages et la salle du chapitre notamment) feront l'objet d'un rapport scientifique. Il sera remis prochainement à la Ville de Brive, puis fera l'objet de publications et de discussions entre spécialistes. Ils apportent notamment de nouvelles connaissances sur « le développement des basiliques funéraires dans la Chrétienté », note Emmanuel Barbier.


       Ainsi exploités, les vestiges seront officiellement rendus à la Ville, dans le courant du printemps 2015. Des discussions sont en cours avec le musée Labenche pour déterminer le meilleur moyen de les présenter au grand public et de les conserver.

Texte de Blandine HUTIN (La Montagne)

 

Vendredi 13 février 2015

La communauté corrézienne de Cadix aux XVIIe et XVllle siècles

 
par madame Chantal Sobieniak,
écrivain, conférencière et ancienne présidente de Brive Généalogie

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        C’est aux racines de son histoire familiale et  de l’émigration corrézienne que Chantal SOBIENIAK a entraîné le public de l’UTATEL, vendredi 13 février. Au hasard de ses recherches généalogiques, la conférencière a eu la surprise de découvrir que 46 de ses ancêtres  avaient  émigré  au fin fond de l’Andalousie, dans la presqu’île de Cadix.

        Dès la fin du XVIIe siècle, les paysans du plateau de Roche de Vic  quittent  Beynat, Albussac, Espagnac, Sainte Fortunade, Serilhac, pour un périple de 1600km. Ils sont jeunes, 17 ans environ, récemment fiancés –ce qui est un gage de retour au pays-, fils souvent de petits propriétaires car le voyage coûte cher. Ils partent en groupes, par village.

        A Cadix, en pleine expansion grâce au monopole du commerce avec les Indes occidentales, ils restent environ 5 ans,  deviennent faiseurs de chaises, domestiques, marchands, aubergistes. Mieux, tous les boulangers de la ville sont originaires de Sainte Fortunade.  Au XVIIIe siècle,  l’émigration  s’intensifie, on se succède de frère en frère au service des riches négociants  souvent originaires d’Europe du Nord ou de Saint Malo. Certains reviennent, ducats en poche, achètent des terres; l’argent irrigue le plateau. D’autres se fixent, s’hispanisent,  parfois  s’aventurent aux Antilles ou sur les rives du Mississippi.

 
        En 1773, la population cosmopolite de Cadix compte  moitié de Français surtout  limousins. La Révolution  jette la suspicion sur ces immigrés porteurs de cocarde tricolore. Beaucoup repartent ayant perdu leurs commerces.  C’est l’invasion napoléonienne de 1808 qui marque la fin de la belle aventure : des Français sont massacrés ; les survivants sont arrêtés, emprisonnés, leurs biens confisqués.

        Et pourtant, à son retour,  Joseph Fialip écrit : «  Je plains de quitter Cadix qui n’est pas une ville mais une gloire terrestre ».

 

 Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

Vendredi 13 mars 2015

Poisons, venins et médicaments du monde aquatique


par Monsieur le Docteur Claude Vast,
Fondateur de l'Aquarium du Limousin à Limoges

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          Les adhérents de l’UTATEL étaient nombreux au Rex pour découvrir, avec le Docteur Claude Vast, fondateur de l’Aquarium du Limousin, les poisons, venins et médicaments du monde aquatique.

        Un monde ambivalent où les cyanobactéries à l’origine de l’atmosphère peuvent s’avérer toxiques  et  menacer l’économie touristique en provoquant fermeture de plages et plans d’eau ; où pullulent les espèces dangereuses  pourtant présentes sur nos étals.

        Pêcheurs et cuisiniers, mettez des gants pour ne pas être paralysés par les toxines des murènes, congres ou anguilles.  Gastronomes, ne faites pas manger aux enfants du mulet : ils sombreraient dans une ivresse alcoolique fatale ; prenez garde au thon dont la chair a été exposée à l’air et à la lumière,  vous risquez une crise d’asthme ou d’urticaire. Ne tentez pas de goûter au fugu, ce poisson dont raffolent les Japonais  car mal préparé, c’est  la mort. Amateurs de plongée dans les récifs coralliens  ou de balades sur les plages tropicales, gare à la synancée qui paralyse les muscles : l’antidote n’existe qu’en Australie. Méfiez-vous du dard venimeux des raies: un photographe australien est mort, percé au cœur par ce mets apprécié !

        Mais, insiste le docteur Vast, le monde aquatique peut  nous soigner voire nous guérir. Thalassothérapie, utilisation des algues sont connues depuis l’Antiquité. Aujourd’hui, on découvre  les anticancéreux de la mer. Les coraux se font auxiliaires de la chirurgie osseuse. La limule permet aux laboratoires de détecter les bactéries qui se seraient glissées dans les produits médicaux avant leur mise sur le marché. Au CHU de Limoges, les sangsues soignent l’arthrose du genou.
Les perspectives sont prometteuses mais, martèle le Dr Vast,  attention  aux charlatans qui  tuent requins, holothuries, hippocampes  pour « redonner » vigueur et souplesse aux consommateurs crédules et menacent la biodiversité.

Texte de Marie-Dominique COULON