COMPTES RENDUS 2ème Trim. 2016/2017

 

*********

 

 

Vendredi 6 janvier 2017

 
 

VIEILLIR : CHANCE OU CHALLENGE ?

 

Par Madame le docteur Catherine CHAILLOU-VAURIE

du Centre de Gériatrie et de Gérontologie Clinique du Centre Hospitalier de Brive.

 

dr_catherine_chaillou_vaurie.jpg - 102.41 Ko 

 
                  Vendredi 6 janvier, au Rex, Madame le Docteur Chaillou-Vaurie du pôle gérontologique de Brive a convaincu les adhérents de l'UTATEL que la vieillesse n'était pas un problème : c'est, dit-elle, une belle aventure mais aussi un défi permanent.
                  Vieillir selon les époques et les cultures peut être synonyme de perte des facultés - la hantise des anciens Egyptiens- mais aussi de sagesse pour les Spartiates qui confiaient aux Gérontes la rédaction de leurs lois. La Renaissance fascinée par la beauté des corps glorifie la jeunesse et assimile vieillesse et obscurité tandis que la Révolution considère que la nation est responsable du destin de ses aînés.
                  La conférencière fait sienne la définition d'Alain Rey : le vieillissement, c'est la perte d'une continuité (ne plus travailler, ne plus mettre en œuvre certaines facultés) mais pour elle, vieillir est d'abord affaire de regard. Regard de soi-même : l'expérience du vieillissement est différente selon les individus qui ne se sentent pas vieillir au même rythme. Regard des autres qui catégorisent: vieux actifs dits encore jeunes vieux, vieux gentils providences des parents, vieux qui coûtent cher alors que souligne Catherine Chaillou-Borie, ils sont sources d'emplois, de services.
                  Aujourd'hui à 80 ans, les vieux "  les survivants " peuvent espérer vivre encore 10 ou 15 ans mais  cela varie d'un individu à l'autre, d'un organe à l'autre et dépend autant de l'environnement social et humain que du patrimoine génétique de chacun.
                  Alors comment bien vieillir ? En restaurant son estime de soi, en se faisant plaisir (finis les régimes), en restant curieux, en luttant contre la solitude, en faisant de l'exercice physique, " en festoyant " : un programme que les adhérents de l'UTATEL  ont immédiatement mis en œuvre en partageant la traditionnelle galette des rois.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 20 janvier 2017

 

LA Vème RÉPUBLIQUE 1958-1974, UNE NOUVELLE CULTURE POLITIQUE

 

Par Madame Danièle BERNARDIN-CARSENAT,  Agrégée cacique d'histoire-géographie.

 

 daniele_carsenat2.jpg - 98.64 Ko

 

                          Vendredi 20 janvier, au Rex, Danièle Bernardin-Carsenat  spécialiste de nos institutions,  a interrogé  les adhérents de l'UTATEL sur le devenir de la Vème République. En 1958, De Gaulle fonde un nouveau régime qui succède à une IVe République à bout de souffle, minée par le régime des partis et l'instabilité ministérielle, affaiblie par le problème colonial mais toujours  puissante dans le monde et  leader de la jeune  Communauté Economique Européenne.


                      Malgré l'hostilité de la classe politique, en 1962, la constitution est révisée. L'élection présidentielle au suffrage universel,  est approuvée largement par le peuple (78% de oui au referendum avec 84% de votants). Ce régime présidentiel et démocratique  permet le retour à la stabilité politique et favorise l'essor économique. Le Général affirme l'indépendance nationale de la France. Il consolide l'Europe, se rapproche de l'Allemagne mais refuse obstinément l'adhésion du Royaume-Uni. Visionnaire, il pense que seule une Europe des Etats est forte à condition de ne pas l'élargir inconsidérément : les disparités économiques des 27, le Brexit  lui donnent raison.


                      Mais aujourd'hui, nul n'oserait se référer à De Gaulle. La Vème  République à son tour subit la crise de confiance : opacité des nominations, aristocratie de hauts fonctionnaires  inattaquables, pouvoir législatif phagocyté par l'exécutif  à l'initiative de 95% des lois et du budget, absence de contre-pouvoirs efficaces (la Cour des Comptes aux avis non contraignants...). Elle a pourtant été le laboratoire d'où sont issus le PS, le FN, les écologistes.... Son œuvre géopolitique, économique et éducative est immense.


                      Alors... jeter la  dame de 59 ans ou la réformer ? Pour l'historienne, la Constitution a fait ses preuves. Les acteurs du système, eux,  doivent miser sur une Europe souveraine, défendre l'intérêt général, être portés par une large majorité.... et, s'insurge-t-elle, renoncer enfin au patriarcat !

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 03 février 2017

 

LA RHÉTORIQUE VISUELLE DE RENÊ MAGRITTE

 

par Monsieur Vivien LLOVERIA Maître de confèrences à l'Université de Limoges.

 

vivien_lloveria.jpg - 72.94 Ko 

 

                     Vendredi 3 février, au Rex, Vivien LLoveria, spécialiste des sciences du langage, a proposé au public de l’UTATEL une clé de l’œuvre déconcertante de René Magritte. Le  maître de conférences de l’Université de Limoges a fait découvrir, grâce aux apports de la science des signes, le langage visuel et le jeu mental à l’origine des œuvres intrigantes du peintre surréaliste belge.

                      Pourquoi parler de rhétorique visuelle ? Parce que l’image est un langage dont   Magritte utilise les figures de style  pour faire exploser les conventions, produire un sens caché.  Il décline les grandes opérations de la rhétorique au fil de ses œuvres : l’adjonction dans le Sorcier où le personnage attablé voit ses bras démultipliés ; la suppression frappante dans la série des Amants de 1928 où s’embrasse un couple aux têtes voilées  ou  dans les Cornes du désir: des personnages, ne subsistent que les costumes vides révélant leurs postures.

                      Disparition du corps, perte de l’identité, jeux de miroirs ou homme privé de reflet dans « La Reproduction interdite » de 1937. Dans « Golconde, pluie » de 1953, la substitution est à l’honneur : il pleut des personnages en pardessus et chapeau melon. Magritte joue  avec le cadre, le dedans, le dehors, le changement d’échelle, les jeux sur la couleur, la profondeur, la texture : les arbres de l’arrière-plan découpent la cavalière, hommes et oiseau se pétrifient. De son imaginaire surgit une « antisirène », du jeu de ses associations mentales, un œuf immense trônant dans une cage.
                      Pour Vivien LLoveria,   Magritte rompt le lien entre les mots, les choses et les images qui ne sont pas  la réalité,  comme le proclame « Ceci n’est pas une pipe » ; son œuvre n’est pas symbolique mais née de la subversion du langage.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 10 mars 2017

 

LES REPRESENTATIONS DE L'EMBRYON ET DU FŒTUS HUMAINS A TRAVERS LES AGES

 

par Monsieur Jean-Louis Fischer,

Biologiste, historien des sciences de la vie et de la médecine, Chargé de recherche 1ère classe au CNRS, membre de l'Académie internationale d'Histoire des Sciences.

 

jean-louis_fischer.jpg - 83.89 Ko

 

                       Comment a-t-on compris et expliqué la procréation, représenté le fœtus et l’embryon à travers les âges? Vendredi 10 mars au Rex, Jean-Louis FISCHER, biologiste, spécialiste de l’histoire des sciences a répondu dans une conférence foisonnante devant le public de l’UTATEL.

                        Représenter l’invisible entre réalité et imaginaire, un défi pour les savants et théologiens : figurés sous les traits d’un enfant, Ré au Nouvel Empire, le Christ jusqu’à l’interdiction du Concile de Trente sont visibles dans le sein transparent de leur mère. Il faut attendre le XVIIeme siècle, avec les cires pédagogiques florentines et les travaux du gynécologue-accoucheur François Moriceau, pour améliorer les représentations du fœtus et de l’embryon. Mais comment expliquer leur genèse ?

                       Depuis Hippocrate et Aristote, l’embryon résulte du mélange des semences masculine -chaude et sèche- et féminine -froide et humide- qui évolue en embryon bien formé dès 30 jours pour le garçon, 42 jours pour la fille (l’égalité des sexes n’entre pas dans les représentations). En 1672, c’est la révolution : Harvey (célèbre pour ses travaux sur la circulation du sang) affirme que tout vient d’un œuf. En 1677, Leenwenhoek découvre grâce au premier « microscope » les spermatozoïdes qui doivent venir « chatouiller » l’embryon endormi.

                        Il faut attendre le XIXeme siècle pour voir se développer l’embryologie expérimentale dont Laurent Chabry (1855-1893) est une figure marquante. Au XXeme siècle, on étudie les blastomères cellules nées après les premières divisions de l'œuf fécondé (fruit de la pénétration d'un spermatozoïde dans un ovule), on définit les 23 stades de la procréation. Louise Brown, 1er « bébé-éprouvette » naît en 1978 marquant l’entrée dans l’ère de la procréatique : le dépistage prénatal, la lutte contre la stérilité, autant de progrès mais souligne le conférencier autant de nouveaux enjeux politiques, juridiques et sociétaux.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

Vendredi 24 mars 2017

 

JACQUES TATI ET LES TRENTE GLORIEUSES

  par Monsieur YVES PEDRONODocteur en sciences de l’éducation, ancien professeur de philosophie.

 

 yves_pedrono.jpg - 82.47 Ko


                          Yves Pedrono, docteur en Sciences de l’éducation,  a entraîné l’UTATEL, sur les traces de Jacques Tati. De Jour de fête tourné en 1947 au cœur d’une France encore rurale et repliée sur elle-même, à Trafic sorti en 1971, dans une France urbanisée où la sacro-sainte automobile isole son heureux possesseur de la nature et de ses semblables, Tati montre l’évolution de la France des Trente Glorieuses.

                         Cinq films, autant de jalons de cette période d’essor économique sans précédent soutenu par la construction européenne. « Tati se nourrit de la réalité mais de son observation, il trouve matière à sourire et rire ». Comment résister à la tournée « à l’américaine » de François, le facteur de Ste Sévère qui découvre la modernité avec le cinéma ambulant des forains ? L’American way of life pénètre les campagnes qui vont se dépeupler.

                         En 1952, les Vacances de M. Hulot révèlent une France qui s’urbanise, entre dans la société de consommation et des loisirs, s’imprègne de culture américaine. Le « franglais », la pratique du sport illustrée par une inénarrable partie de tennis, permettent aux classes favorisées  de se démarquer. En 1957, Gérard retrouve grâce à s(M)on Oncle la liberté  dans un terrain vague menacé, proche  de l’immaculée villa de ses parents, géométrique, minimale, automatisée, aliénante, sans histoire. En 1967, dans les villes glaciales, transparentes de Playtime, , « les rapports humains disparaissent », phagocytés par la télévision, « tout n’est que reflet » souligne le conférencier.

                          En 1971, M. Hulot  ne ralliera pas Amsterdam, victime d’un invraisemblable carambolage, annonciateur de Confusion, film que  Tati ne tourna jamais. 1973 marque la fin des 30 Glorieuses mais, conclut Yves Pédrono au terme de sa passionnante conférence, le « rire est toujours à notre portée ».

Texte de Marie-Dominique COULON