COMPTES RENDUS 2ème Trimestre 2017/2018

 

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Vendredi 12 janvier 2018

 

LA MUTINERIE DES SOLDATS RUSSES A L’ÉTÉ 1917 A LA COURTINE EN CREUSE

par Monsieur Jean-Paul Gady, secrétaire de l’association « La Courtine 1917 »

 

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                                 Salle comble au Rex,  vendredi  12 janvier,  pour Jean-Paul GADY, animateur de l’association "La Courtine 1917", qui  a dévoilé l’histoire méconnue du corps expéditionnaire russe présent sur le sol français de 1916 à 1920. 


                                1915: la guerre s’enlise, dévorant toujours plus d’hommes et de matériel. Poincaré obtient de Nicolas II – en échange  de munitions- de puiser dans le « réservoir russe ».  Hiver 1916: 20 000 mobilisés quittent la région de Moscou pour rejoindre la Mandchourie où ils embarquent sur des bateaux français,  direction Marseille via Saigon, Colombo, le canal de Suez. Accueil enthousiaste de Marseille puis  Paris où défilent le 14 juillet ces grands blonds aux yeux bleus  souvent ouvriers dans les usines  autour de Moscou,  plus instruits et politisés que les moujiks. Formation militaire au camp de Mailly, envoi sur le front pour la 1ère et la 3ème brigades qui …votent leur participation à la grande offensive de Nivelle d’avril 1917.

                                La Révolution de Février  en chassant le Tsar, a transformé les soldats-esclaves en soldats-citoyens dont 6000 sont victimes de la boucherie du Chemin des Dames.  Les Russes exigent leur rapatriement, s’organisent en soviets, défilent drapeau rouge  en tête. Pour éviter la contagion,  l’Etat-Major les transfère loin du front  en Creuse au camp de La Courtine où ils séduisent la population locale.
                                De juillet à mi-septembre 1917,  plus de 9000 hommes en armes  des 1ère et 3ème brigades, débarrassés de leurs officiers et des soldats moins révolutionnaires, s’autogèrent en soviet, réclament leur rapatriement pour prêter main forte à la jeune révolution, refusent toute négociation.
Du 14 au 16 septembre, le camp est bombardé par les artilleurs russes loyalistes sous l’œil de l’armée française. Les mutins se rendent après des combats au corps à corps. Quel fut le bilan de la répression? L’archéologie fournira peut-être une réponse.


                                Internés dans des camps, déportés en Algérie, rejoignant le front ou soumis au travail forcé, les survivants ne reviendront en Russie qu’en 1920. 400 resteront en France. Jean-Paul Gady qui côtoie leurs descendants,  les a fait revivre, carnets de guerre, témoignages de la population locale, photos  à l’appui, avant de répondre aux pertinentes questions du public ….récompensé par la traditionnelle galette.

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

Vendredi 26 janvier 2018

 

TALLEYRAND, UNE VIE ET UNE ŒUVRE SANS PAREILLES

par Monsieur Roland Martinet, président des Amis de Talleyrand

 

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                               Vendredi 26 janvier, c’est à la découverte de  la vie et de la carrière sans pareilles de Talleyrand que Roland Martinet nous a conviés. Année  par année, il a retracé avec minutie, humour et enthousiasme, l’incroyable parcours  de Talleyrand (1754-1838).

                               De nobles origines remontant au IXe siècle, une enfance saintongeaise auprès de sa grand-mère aimante, la duchesse de Chalais, un pied-bot congénital qui l’oblige à rentrer dans les ordres … mais surtout des rencontres dans une des  périodes les plus tourmentées de notre histoire : Louis XVI qui le nomme évêque, Mirabeau  comme lui député  aux Etats  Généraux et administrateur du département de Paris, Barras et Germaine de Staël qui l’orientent vers la diplomatie et …..Bonaparte / Napoléon.  Impossible d’énumérer tous  ses titres et dignités glanés du Consulat à la Restauration.


                                Constitutionnaliste, il est un des rédacteurs de la Déclaration de l’Homme et du Citoyen de 1789, de nombreuses constitutions, de celle de 1791 à celle de la Monarchie de Juillet. Il y réaffirme la liberté religieuse, celle de la presse, l’égalité des sexes  devant  l’éducation. Diplomate inégalé, il réussit au Congrès de Vienne (1814) à remettre sur un pied d’égalité une France vaincue et ses quatre vainqueurs. Luttant pour le respect des équilibres entre Etats, garants d’une paix durable en Europe, il n’humilie pas  les vaincus pour ne pas en faire des ennemis héréditaires.  Auteur d’innombrables traités, cofondateur du royaume de Belgique, il fait de l’Angleterre son modèle politique et son partenaire privilégié.


                                Séducteur et jouisseur, il multiplie maîtresses et résidences somptueuses fruits des « douceurs » diplomatiques (compensations financières obtenues lors des négociations de traités). Controversé pour sa liberté de mœurs, ses « traîtrises », souligne le conférencier, il n’en reste pas moins un des plus grands hommes d’Etat et génies diplomatiques du XIXe siècle, toujours source d’enseignement.


Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

Vendredi 9 février 2018

 

VERMEER ET LES MAITRES DE LA SCENE DE GENRE

par Monsieur Fabrice Conan, historien de l’art – intervenant pour le château de Versailles

 

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                                        Pour sa première venue au Rex, vendredi 9 février, Fabrice Conan historien de l’Art, a entrainé un  très nombreux  public,  dans une passionnante  (re)découverte de Vermeer et des maîtres de la peinture de genre. Libérées de l’occupation espagnole, les Provinces-Unies au centre des échanges économiques, affirment leur puissance commerciale, financière et artistique. Les bourgeois protestants ne se font pas construire d’opulents palais mais mécènes discrets,  collectionnent, embellissent leurs  intérieurs bien tenus et confortables- qu’immortalisent Ter Bosch, Pieter de Hooch, Gerit Dou ou Vermeer. 

                                        Cette élite qui peut investir 1200 florins dans un tableau  est à l’origine du foisonnement artistique du Siècle d’Or (XVIIe s). Tous ces artistes se connaissent, s’inspirent les uns des autres, déclinent  les mêmes thèmes : dans des cadrages resserrés, ils saisissent l’intimité d’un échange de correspondances, d’une leçon de musique, de la visite du  médecin, … tout n’est que luxe et calme : étoffes chatoyantes, tapis, lourdes tentures. Mais Fabrice Conan nous invite à déjouer les apparences : un luth renversé, une cage à oiseaux ouverte, une vitre cassée - autant de connotations sexuelles-, une  jeune fille à la tenue d’intérieur provocante, un maître de musique trop élégant …autant  de promesses de volupté!

 
                                         Vermeer le papiste de Delft,  n’est pas le plus coté : il produit peu pour une clientèle restreinte. «Aubergiste », marchand de tableaux, expert, il ne vit pas de sa peinture et a donc le temps et les moyens d’utiliser les couleurs les plus précieuses, multiplier les repentirs,  jouer de savantes perspectives.  Il  ne s’impose pas par l’originalité des thèmes  mais il en fait la géniale synthèse : délaissant la manière fine, il joue du flou duveteux, des reflets de lumière, du pointillisme. Il saisit l’instant. Fabrice Conan, avec simplicité, humour, érudition, nous a donné les clés de l’univers   de celui qui a magnifiquement capté  la vie.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

 

 

Vendredi 16 mars 2018 

 

STRESS, ÉPIGÉNÉTIQUE ET COMPORTEMENTS

par Monsieur François Tronche, directeur de recherche au CNRS

 

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                                      Vendredi 16 mars, l’UTATEL avait convié François Tronche, directeur de recherches en neurosciences au CNRS, coordonnateur des manifestations de la Semaine du Cerveau en Limousin. Originaire de Brive, le chercheur de l’Institut de Biologie Paris-Seine a fait le point sur les recherches menées en laboratoire sur le contrôle de l’expression des gênes  et leur adaptation aux variations de l’environnement –ce que Conrad Waddington nomma en 1942 épigénétique. Il  rappelle les composants de la matière vivante, souligne qu’avec le même patrimoine génétique, clones et jumeaux monozygotes  ne sont pas identiques car l’environnement conditionne l’expression des gènes.

                                          Il souligne que dès le Néolithique, le cerveau est objet d’étude et de soins mais qu’il faut attendre  Offray de la Mettrie en 1748 pour faire de l’organisation  de la matière dans le cerveau humain, le siège de l’esprit.  Cette matière est vivante comme nous le montrent de surprenantes vidéos où les neurones se projettent, communiquent via les synapses. La transmission de  l’influx nerveux qui nous permet de contrôler gestes et communication  est assurée par les neurotransmetteurs  GABA et glutamate, régulée par l’acétylcholine, la dopamine, la sérotonine ou la noradrénaline, neuromodulateurs. Impossible cependant d’assigner une fonction à telle ou telle région du cerveau, c’est l’ensemble qui fonctionne.
 

                                      Les recherches de François Tronche et son équipe en liaison avec d’autres équipes dans le monde mettent en évidence le lien entre stress et comportements. Les études  sur les souris  montrent qu’un stress aigü augmente le taux de production des glucocorticoïdes dans les glandes surrénales.  A terme,  un individu soumis à un stress périnatal (naissance lors d’une famine) ou prénatal (mère malnutrie) souffrira de problèmes cardio-vasculaires, d’obésité, d’anxiété ou de dépression. Autant de pistes pour déterminer les bases fondamentales des addictions et des maladies mais François Tronche refuse de se placer sur le terrain clinique. Pour autant, des adhérents à la sortie jugeaient cette exigeante conférence, porteuse d’espoir.

 

Texte de Marie-Dominique COULON

Vendredi 23 mars 2018
 

 

GEORGES CLEMENCEAU (1841-1929), LA VICTOIRE ET L'INGRATITUDE

par Monsieur Alain Soubigou, maître de conférences d’histoire de l’Europe centrale contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

 

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                                  Vendredi 23 mars, l’UTATEL  avait convié pour la 4e fois, Alain SOUBIGOU, spécialiste de l’Europe centrale, pour faire revivre l’un des personnages les plus marquants de l’Histoire contemporaine : Clemenceau. Son nom est présent dans toutes les villes françaises, sa silhouette, moustache blanche, couvre-chef surprenant, canne à la main, arpentant les tranchées sous le feu ennemi, connue de tous. Immense popularité de l’artisan de la victoire de 1918 et de la Paix de Versailles signée le 28 juin 1919, 5 ans jour pour jour après l’attentat de Sarajevo.

                                    Clemenceau  a pris sa revanche sur cette Allemagne honnie, héritière de la Prusse bismarckienne et redonné l’Alsace-Lorraine à la France. Et pourtant, en 1920, c’est l’incompétent Deschanel qui est élu président de la République signant la retraite politique du Père la Victoire. Celui-ci peuplera les 9 ans qui lui restent, de voyages en Afrique, en Inde où le Tigre chassera le tigre, de jeunes maîtresses, de promenades avec Monet à Giverny. Loin de l’Académie Française où il fut élu mais ne daigna pas siéger, il rédige une biographie de Démosthène, lui le passionné de langues anciennes, l’orateur terrible qui s’attira par ses cruelles réparties  à la Chambre ou dans la presse, de solides inimitiés.

                                  L’ingratitude dont il fut l’objet est le fruit de l’instabilité des institutions mais aussi, souligne Alain Soubigou, de son caractère cabochard, sourcilleux, de ses contradictions. Le conférencier a longuement détaillé les paradoxes du médecin vendéen mais républicain, farouchement opposé à la peine de mort mais réprimant durement les grèves de Draveil, athée mais réussissant à apaiser les tensions nées de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Portraits, photos de famille nous révèlent l’intimité et l’évolution politique d’un homme «  à cheval sur deux siècles ». Le public  sensible à l’humour  et à l’érudition d’Alain Soubigou, aurait volontiers prolongé la découverte du « Tombeur de ministères ».


 Texte de Marie-Dominique COULON